Rapatriement des Guinéens d’Allemagne : Morissanda Kouyaté exige le respect de la dignité et interpelle Berlin
février 24, 2026Au cœur d’une vive polémique sur les réseaux sociaux, le ministre guinéen des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Morissanda Kouyaté, a reçu ce lundi l’ambassadeur d’Allemagne en Guinée pour un échange qualifié de « franc » autour du rapatriement de plusieurs ressortissants guinéens depuis l’Allemagne.
Une demande de suspension et d’explications
Pris pour cible par des critiques nourries en ligne, le chef de la diplomatie guinéenne a publiquement regretté les conditions dans lesquelles certains compatriotes auraient été traités outre-Rhin. Devant les caméras de la Télévision nationale, il a brandi l’accord migratoire signé en 2018 entre les deux pays, interrogeant son interlocuteur sur sa connaissance du document.
Le ministre a sollicité la suspension de l’opération de rapatriement, le temps d’examiner en profondeur le contenu de cet accord portant sur la migration légale et irrégulière. Selon lui, depuis l’arrivée au pouvoir du président Mamadi Doumbouya, les autorités guinéennes ont volontairement évité d’appliquer « intégralement » cet engagement, privilégiant le respect de la dignité des ressortissants guinéens.
« Nous respectons chaque pays, mais nous voulons aussi que nos compatriotes bénéficient du respect de leur dignité », a-t-il insisté, évoquant les pressions exercées par le gouvernement allemand et l’Union européenne pour la mise en œuvre de l’accord.
Berlin invoque le respect de la loi
En réponse, le diplomate allemand a rappelé que son pays agit dans le strict cadre de son système judiciaire. « En Allemagne, nous respectons la loi », a-t-il déclaré, tout en pointant la circulation rapide de la désinformation sur les réseaux sociaux.
Il a assuré que des mécanismes existent pour garantir des procédures sûres et conformes aux normes légales, laissant entendre que certaines accusations pourraient relever d’informations inexactes ou exagérées.
La continuité de l’État, mais des réserves assumées
Reconnaissant le principe de continuité de l’État, Morissanda Kouyaté a néanmoins pris ses distances avec l’accord signé sous le régime précédent en 2018.
« Si nous étions là, nous n’aurions pas signé », a-t-il affirmé, tout en assumant les conséquences juridiques héritées du passé. Le ministre a toutefois insisté sur la nécessité d’« expurger la partie toxique » de la coopération bilatérale, afin de préserver les aspects positifs des relations entre Conakry et Berlin.
Il a également évoqué des témoignages de Guinéens faisant état de mauvais traitements, promettant l’ouverture d’une enquête conjointe pour faire la lumière sur ces allégations.
Vers une coopération réajustée ?
À l’issue de la rencontre, les deux parties ont affiché leur volonté de travailler ensemble dans un esprit de respect mutuel, notamment en ce qui concerne le traitement des citoyens des deux pays.
Dans un contexte où la question migratoire demeure sensible, tant en Guinée qu’en Europe, cette initiative diplomatique pourrait marquer un tournant. Reste à savoir si l’examen annoncé de l’accord de 2018 débouchera sur une renégociation formelle ou sur de simples ajustements techniques.
En attendant, le gouvernement guinéen semble déterminé à placer la dignité de ses ressortissants au cœur de ses priorités diplomatiques.
Alioou Camara pour guineecontact.com


