Guinée : Ce que la constitution de 2025 donne à Amadou Oury Bah, aucun Premier ministre ne l’avait avant
février 2, 2026Et c’est peut-être ça le vrai tournant silencieux de la 5e République. Car pendant des décennies, en Guinée, le Premier ministre était souvent un figurant du pouvoir.
Aujourd’hui, la question mérite d’être posée franchement. Bah Oury est-il devenu le Premier ministre le plus puissant de l’histoire du pays ?
Revenons en arrière. Sous les régimes précédents, le Premier ministre guinéen avait un rôle flou. Souvent nommé pour équilibrer une région, calmer une crise ou servir de fusible politique. Le vrai pouvoir était ailleurs.
A la présidence, le PM exécutait, parfois expliquait, mais décidait rarement.
Changer de Premier ministre ne changeait presque rien. Avec la constitution du 21 septembre 2025, le décor change. Noir sur blanc, les articles 80 à 86 redessinent la primature.
Et pour la première fois, le Premier ministre n’est plus seulement un coordinateur, il devient chef réel de l’administration, garant de l’exécution des lois et décisions de justice, responsable de la bonne gouvernance.
Ce n’est plus symbolique, c’est écrit, c’est opposable.
L’article 81 est central. Il confie au Premier ministre la mission d’impulser, diriger et coordonner l’action du gouvernement. Concrètement, cela signifie que toute l’administration répond à la primature. Ministères, directions nationales, services déconcentrés.
Le Président fixe la vision, mais le Premier ministre fait tourner la machine.
Et dans un Etat, celui qui contrôle l’administration, contrôle le tempo du pouvoir.
Autre nouveauté majeure, la redevabilité immédiate.
Bah Oury a 10 jours pour déclarer son patrimoine devant la cour constitutionnelle.
A l’entrée et à la sortie. Et dans les 60 jours, il doit présenter son discours de politique générale devant le Parlement. Sans vote, certes, mais sous le regard de la nation.
En clair, le Premier ministre, ne peut plus gouverner dans l’ombre.
L’article 84 est peut-être le plus explosif. Il impose que les nominations aux postes civils reposent sur la compétence, la probité, l’inclusion, la représentation territoriale.
Et c’est une attaque frontale contre le clientélisme administratif.
Et devinez qui est chargé de faire respecter cette règle ?
Le Premier ministre.
S’il échoue, il trahit l’esprit de la 5ème République. S’il réussit, il change durablement l’État.
Alors oui, Bah Oury est probablement le Premier ministre le plus puissant jamais installé en République Guinée.
Mais attention, ce pouvoir n’est pas un chèque en blanc. Il est encadré, surveillé, exposé.
Plus de pouvoir, c’est aussi plus de responsabilité, plus de résultats attendus, plus d’explications exigées.
La 5ème République n’a pas seulement changé les textes, elle a changé les règles du jeu.
Bah Oury n’est plus un Premier ministre de transition, il est le pilier administratif du nouveau régime.
La vraie question n’est donc pas s’il est puissant.
La vraie question, c’est que fera-t-il de ce pouvoir inédit ?
Parce qu’à ce niveau, on ne juge plus les intentions, on juge les résultats.
Mohamed Conté pour guineecontact.com


